Présentation du LAMSADE par Alexis Tsoukiàs

  • Par : Bureau ROADEF
  • 2019-05-16

Article paru dans le dernier bulletin #40 de la ROADEF

Brève Histoire

Le LAMSADE a été créé en 1974 suite à une série d'événements plus ou moins indépendants. En 1969 venait d'être créée l'Université Paris Dauphine autour essentiellement des sciences de la gestion (pour être précis : Sciences de la Décision et des Organisations). De manière tout à fait naturelle l'Université avait besoin de compétences en Recherche Opérationnelle. Plus ou moins dans la même période, en 1971, Bernard Roy quittait la direction scientifique de la SEMA-METRA suite au départ de Jacques Lesourne de la direction générale. En 1972 Bernard est recruté par Dauphine. Peu après son arrivée Bernard prend deux décisions : établir le LAMSADE et créer le DEA 103 "Méthodologie et Modèles du Management Scientifique" (plus tard connu comme "Méthodes Scientifiques de Gestion" ; à l'époque n'existent pas les Masters, mais les DEA), aujourd'hui connu comme Master MODO (Modélisation, Optimisation, Décision, Organisation). Il s'agit d'une des premières tentatives de créer des centres de recherche académiques et de formation en Recherche Opérationnelle et en Aide à la Décision en France.

Un élément dont il faut se souvenir (pour comprendre l'évolution du laboratoire) est le fait qu'au moment de leur fondation ni le LAMSADE ni le DEA ne sont des initiatives liées à l'informatique. Bernard (qui n'était pas hostile à l'informatique, au contraire) n'avait pas une vision disciplinaire de l'aide à la décision (il été mathématicien, mais sa longue expérience dans le conseil lui avait enseigné de partir des problèmes et non pas des méthodes). Il s'agissait donc d'une vision assez large du domaine. Deux ans plus tard Bernard prendra une autre initiative extrêmement importante. En 1976 il adresse une lettre au directeur du département SPI du CNRS pour lui présenter les activités de recherche du LAMSADE et obtient l'association du LAMSADE au CNRS. Nous avons les copies de cette correspondance. Le LAMSADE à l'époque est une entité minuscule : un professeur, un maître de conférences, une secrétaire et quelques étudiants en thèse. Malgré cela, le CNRS prend le risque, reconnaissant l'unicité du laboratoire et son importance dans le contexte de l'Université Paris Dauphine et accepte le LAMSADE comme URA 825 (aujourd'hui UMR 7243).

Vers la fin des années 80 et le début des années 90, Dauphine décide de développer de manière significative l'informatique (avec l'arrivée de plusieurs professeurs d'Informatique ; notamment Geneviève Jomier et Danielle Mailles qui fonderont les formations d'informatique) et le CNRS décide, en accord avec Bernard Roy, que le LAMSADE doit devenir le centre de recherche en informatique de Dauphine tout en gardant son identité thématique. À partir de ce moment, tous les enseignants chercheurs en Informatique de Dauphine seront associés au LAMSADE. Quand  j'arrive au LAMSADE en 1993 le LAMSADE est structuré en 6 équipes (décision, optimisation, applications de l'AD, bases de données, Intelligence Artificielle, Réseaux et Systèmes).

En 1999 Bernard Roy laisse la direction du laboratoire (après 25 ans) et Vanghelis Paschos lui succède. A ce moment le LAMSADE a déjà une taille considérable (voir tableau timeline) et quelques années plus tard, il décide de se structurer en 4 équipes (Décision, Optimisation, Bases de Données, Intelligence Artificielle). À la fin des années 2000 le CNRS demande une nouvelle restructuration qui réduira la structure en 2 pôles (Décision et Optimisation). En 2012 la direction du LAMSADE est passée à l'auteur de cette note. Pendant les 6 ans de sa direction un troisième pôle a été ajouté (Sciences de Données en 2016). Au début 2018 Daniela Grigori prend la direction du LAMSADE. Entre temps le LAMSADE est devenu un laboratoire important (voir tableau timeline) avec plus de 100 membres.

Le LAMSADE a été depuis sa fondation un laboratoire atypique. La raison fondamentale de cette "atypicité" est le fait que le LAMSADE n'est pas né comme un centre de recherche d'une discipline, mais autour d'un sujet de recherche (vaste et complexe) qui est l'aide à la décision. Au moment de sa fondation l'idée de Bernard Roy était de poursuivre l'expérience multi-disciplinaire de la direction scientifique de la SEMA.

Comme conséquence, depuis sa fondation le LAMSADE a promu une vision globale de l'aide à la décision. Certes il s'agit d'une aide à la décision fondée sur l'utilisation de langages formels et/ou de méthodes quantitatives, sur des algorithmes, à partir de structures de données et de connaissances, mais sans oublier l'insertion de l'aide à la décision dans les organisations, les processus de décision, la quête de légitimité pour les recommandations de l'aide à la décision. Ceci accompagne une réflexion autour de l'aide à la décision comme une profession et non pas seulement comme un sujet de recherche théorique et méthodologique.

Le LAMSADE est premièrement connu au niveau international pour sa contribution à l'aide multicritère à la décision. Bernard Roy a créé une école internationale autour de sa vision de ce domaine de recherche (voir http://www.cs.put.poznan.pl/ewgmcda/). Aujourd'hui nous savons qu'en réalité tout problème de décision a plusieurs dimensions et demande la prise en compte de plusieurs objectifs potentiellement en conflit entre eux. De ce point de vue la contribution des recherches menées au LAMSADE est d'avoir créé une démarche méthodologique globale qui va de l'axiomatique des modèles et des méthodes à la conduction en général des processus d'aide à la décision.

Cependant, la vocation du LAMSADE de créer des communautés internationales autour des sujets de recherche de pointe ne s'arrête pas à la méthodologie d'aide multicritère à la décision. Pensons aux contributions en algorithmique et notamment autour des problèmes de la complexité paramétrée, en optimisation combinatoire (avec la serie des conférences ISCO), la création de la communauté "Algorithmic Decision Theory" (www.algodec.org) et sa contribution aux communautés COMSOC (Computational Social Choice), et en Théorie Algorithmique des Jeux.

Cette vision globale et interdisciplinaire de l'aide à la décision ne doit pas cacher le fait que le LAMSADE est et reste un laboratoire d'informatique. Certainement une informatique centrée autour des Sciences et Technologies de la Décision qui va des Sciences des Données à l'algorithmique, de la programmation mathématique aux modèles non conventionnels des préférences, de l'Intelligence Artificielle au Deep Learning sans négliger l'aide à la décision dans le monde réel : transports, réseaux, santé, politiques publiques pour citer quelques secteurs où nous accompagnons des processus de décision réels.

Le LAMSADE a encore d'autres caractéristiques atypiques. Nous avons plus de 35 % du personnel scientifique permanent qui sont des femmes (loin du pourcentage moyen de la discipline) et plus de 40 % de chercheurs permanents sont d'origine étrangère (nous parlons plus de 15 langues différentes dans le laboratoire). Et surtout nous restons un lieu de travail convivial. Sans surprise nous sommes l'un de rares laboratoires de recherche qui a organisé des competitions culinaires entre ses membres (les Escargots d'Or).

Aujourd'hui

Le LAMSADE aujourd'hui est un laboratoire d'un peu plus de 100 personnes, dont 57 chercheurs permanents et 4 administratifs. Le laboratoire est structuré autour de 3 "pôles", qui servent à l'animation de la recherche et de 10 "projets" qui conduisent les activités de recherche de moyen et long terme (voir la figure organisation). Certains des projets sont "internes" aux pôles, mais la moitié d'entre eux impliquent des chercheurs de plusieurs pôles.

Le budget annuel de recherche du LAMSADE s'élève à environ 1.5M€ annuellement, dont 1/3 est d'origine "science driven" (dotations de base) et 2/3 est d'origine "objective driven" (contrats industriels, Fondations, ANR, EU etc.). Nous avons environ 10 nouveaux thèsard(e)s chaque année, thèses qui durent en moyenne 3.9 ans.

Il est difficile de parler de toute la recherche qui est menée aujourd'hui dans le LAMSADE (visible dans le dernier rapport HCERES, disponible sur notre site). En utilisant ce rapport je veux citer quelques résultats scientifiques remarquables de ces dernières années : l'axiomatisation des indices bibliométriques, la participation massive des chercheurs du LAMSADE dans l'ouvrage de référence "Handbook of Computational Social Choice", le nouveau cadre d'aproximation dénommé "super-polynomial", l'amélioration des fonctions Lovász-theta, des nouvelles méthodes pour la recherche de solutions préférées en optimisation multi-objective, des nouvelles solutions pour la reduction des coûts en intégration de données, de nouveaux algorithmes d'apprentissage automatique, de nouvelles méthodes pour la composition et la découverte de services web. Ajoutons les faits marquants de ce dernier quinquenat : la célébration des 40 ans du laboratoire, la création du 3ème pôle en Data Sciences, le "best paper award" dans la conférence AAMAS 2016 et l'attribution concomitante de la médailles de bronze (Eunjung Kim) et d'argent (Jérôme Lang) du CNRS en 2017.

Après plus de 40 ans d'existence le LAMSADE continue à produire une excellente recherche et à avoir une très grande visibilité internationale. Cependant, il n'a jamais arrêté de promouvoir l'ouverture de nouvelles pistes et thématiques et de se proposer comme créateur de communautés. Et nous pensons de continuer dans cette tradition.

Pour en savoir plus : https://www.lamsade.dauphine.fr/